Twin Peaks

Le troisième Cooper Twin Peaks, saison 3, épisodes 3 et 4

Dougie Jones

Twin Peaks, saison 3, épisodes 3 et 4 sont traités ici comme la deuxième partie du pilote de la saison.

Dans la continuité d’Une cartographie de l’inconscient, mais délibérément sans notes, sans croiser mes informations et après un visionnage unique, je livre ici mes impressions, épisode par épisode, sur la troisième saison de Twin Peaks. L’analyse s’affinera sans doute et je suis prêt à voir mes interprétations contredites dès l’épisode suivant. C’est aussi le charme de l’oeuvre : on ne sait jamais à quoi s’attendre.

SPOILER ALERT : Ces notes sont publiées avec un décalage de plusieurs semaines par rapport à la première diffusion de chaque épisode, mais pour ceux qui n’ont pas encore vu la série, elle contiennent des informations qui peuvent gâcher le plaisir de la découverte.

 

Comme dans une exposition de David Lynch

Dans la première scène de l’épisode, comme pour le rappeler à ceux qui en douteraient encore, Lynch réaffirme sa mainmise sur la série en nous entraînant plus loin dans son monde onirique. La sortie des loges n’est pas si simple pour Cooper. On comprendra plus tard que c’est à cause de la présence de son double dans le monde. Alors qu’on le croyait sorti de la chambre rouge par la cage de verre, on se rend compte que l’effet stroboscopique relève d’une force qui le retient.

S’ensuit un nouveau voyage dans les loges, une zone plus sombre que la salle d’attente, un édifice de métal peuplé de femmes et où le temps s’écoule de manière syncopée. On retourne dans l’expérimentation cinématographique, et on a l’impression d’avoir quitté l’univers de la télévision pour se retrouver dans une exposition de David Lynch.

Les masses organiques, les corps déformés, le décor industriel, le jeu sur les sons et le montage, pour qui connaît un tant soit peu l’oeuvre de l’auteur, ce sont des motifs très familiers.

Une fois de plus, on accumule les détails surréalistes avec des éléments directement décodables par la mythologie interne de Twin Peaks comme la rose bleue (qui annonce les affaires surnaturelles étudiées par Godron Cole), ou les nombres 3 et 15, très vite reliés au numéro de la chambre de Cooper dans l’hôtel de Ben Horne à Twin Peaks.

Typically Lunch
Imagerie lynchienne type – Couverture de l’album « The Voice of Love » de Julee Cruise (1993)

 

Dougie

La véritable surprise de cet épisode (pour peu qu’on ne se soit pas fait spoiler avant), c’est l’apparition d’un troisième avatar de Cooper, Dougie Jones qui, selon Mike le manchot, a été créé par quelqu’un dans un but précis — visiblement d’aider Cooper à ressortir des Loges malgré la présence de son double dans le monde. Le but étant atteint, Dougie est transformé en une bille d’or et la bague qu’il porte est récupérée par Mike. Bague qui, bien entendu, est similaire à celle qui orne le doigt de Teresa Banks dans Fire Walk With Me.

Dougie est donc le nouveau corps de Cooper, mais la présence de deux avatars dans le monde semble problématique. Le doppelgänger de Cooper ressent physiquement cette présence et se met à vomir un mélange de ce qui ressemble à du maïs (garmombozia ?) et un liquide noir (l’huile de moteur brûlée dont l’odeur marque la présence des créatures de la loge?). De son côté, « Dougie » perd l’usage de la parole, ce qui ne semble pas inquiéter outre mesure son entourage. Il a, de surcroît, acquis une chance surnaturelle : il voit une flamme liée aux loges flotter au-dessus des machines à sous qui sont sur le point de livrer leur jackpot.

Dougie Jones' lucky flame
Dougie voit le feu au dessus des machines à sous

 

« Fire Walk with Me »

Littéralement, le feu marche avec Dougie/Cooper, ce qui boucle la boucle de ce qu’on pouvait décoder dans l’épisode précédent : nous sommes dans l’illustration du « poème » récité par Mike et Bob dès la première saison.

Globalement, cette nouvelle saison de Twin Peaks ressemble plus à une suite du film Fire Walk with Me que de la série. On y retrouve les artefacts introduits dans la préquelle, comme la rose bleue, la bague, le garmombozia. Plusieurs références à Philip Jeffries (le personnage joué par David Bowie) annoncent l’exploration de son histoire au-delà de la scène d’anthologie du film. Moins directement, il y a aussi une allusion à la question posée par Donna Hayward à Laura Palmer quelques jours avant sa mort: « crois-tu que si on tombait dans l’espace, on finirait par ralentir ou on irait de plus en plus vite ? », quand la femme sans yeux se jette dans le vide.

 

Pendant ce temps, à Twin Peaks

Mais Twin Peaks existe toujours. Le docteur Jacoby y peint les pelles qu’il a reçues, on découvre le fils de Lucy et Andy Brennan, Wally Brando, qui vient faire une longue tirade pendant que tous les membres du bureau du shérif cherchent les indices annoncés par la femme à la bûche. Le nouveau shérif Truman et Bobby Briggs viennent compléter la photo de famille. Mais l’action se déroule principalement en dehors de la ville (ce qui a quelque chose de frustrant…).

Michael Cera as Wally Brando
Michael Cera – Wally « Brando » Brennan

Rose Bleue

Manquaient à l’appel quelques figures emblématiques du FBI, comme Denise Bryson, devenue responsable du personnel. On aurait aimé Sam Stanley… Mais ce qui est sûr, c’est que l’investigation sur les cas « rose bleue » va prendre de l’ampleur.

David Duchovny in a still from Twin Peaks. Photo: Patrick Wymore/SHOWTIME
David Duchovny – Denise Bryson

Incidemment, dans le livre de Mark Frost, le personnage principal impliqué dans ces mystères est le frère du maire de Twin Peaks, Doug « Dougie » Milford…

Tony Jay as Doug Milford
Tony Jay -Dougie Milford

Encore une fois, la suite peut me contredire…

 

A suivre : Une question de temps

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